Leçon15 min

Dimensionner le mode dégradé

La question mal posée

« Le site de secours doit-il être identique à la production ? » La réponse est presque toujours non, et poser la question ainsi conduit à doubler le coût sans raison.

La bonne question est : quelle capacité faut-il pour tenir le MBCO ?

Si le MBCO est « traiter les paiements supérieurs à 100 000 € », le volume concerné représente peut-être 8 % des transactions. Le secours doit tenir 8 % de la charge, plus une marge — pas 100 %.

Le calcul de dimensionnement

ÉlémentComment l'obtenir
Charge nominaleMesure en production, au pic
Part retenue par le MBCODécision métier issue du BIA
Charge de rattrapageVolume accumulé pendant l'interruption, à absorber en plus du flux courant
Marge d'exploitation30 % typiquement, car le mode dégradé est moins efficace

La charge de rattrapage est le poste le plus souvent oublié. Après quatre heures d'interruption, le système doit traiter le flux normal plus les quatre heures accumulées. Un secours dimensionné à 50 % de la production met huit heures à résorber quatre heures d'arriéré — pendant lesquelles le service reste dégradé du point de vue du client.

Les trois dépendances qui font échouer les bascules

L'identité. Si l'annuaire est indisponible ou compromis, aucun système ne s'authentifie. Un annuaire répliqué sur le site de secours est nécessaire ; un annuaire isolé et restaurable indépendamment l'est tout autant, pour le scénario de compromission.

Le nom. Rediriger le trafic suppose une modification DNS. Si la durée de vie des enregistrements est de 24 heures, la bascule prend 24 heures quelle que soit la rapidité de l'infrastructure. Abaisser cette durée à 300 secondes avant l'incident est gratuit ; le faire pendant l'incident est inutile.

Le réseau. Les liens partenaires, les listes d'adresses autorisées chez les tiers, les certificats clients : tout ce qui est déclaré chez un tiers pointe vers l'adresse du site principal. Un inventaire de ces déclarations, et leur pré-enregistrement côté secours, évite plusieurs heures de négociation en pleine crise.

Le chiffrage complet

Un chiffrage crédible comporte cinq postes, et non un seul :

  1. Investissement matériel et logiciel ;
  2. Licences en double — souvent 20 à 30 % du total, régulièrement omises ;
  3. Hébergement, énergie, liens réseau ;
  4. Maintien en condition : mises à jour, synchronisation avec la production ;
  5. Tests annuels : mobilisation des équipes, fenêtre d'indisponibilité, prestataires.

Les postes 4 et 5 représentent environ 25 % du coût total sur cinq ans. Les omettre produit un budget qui sera dépassé dès la deuxième année — et c'est généralement le maintien en condition qui sera sacrifié.

À retenir

  • Le secours ne réplique pas la production : il tient le MBCO
  • Une capacité à 40 % assumée vaut mieux qu'une capacité à 100 % théorique
  • Le dimensionnement doit inclure la charge de rattrapage