Leçon14 min

La base de pertes qui sert à quelque chose

Le seuil de collecte

Trop haut, on ne capte que les événements graves — et l'on perd les signaux précurseurs. Trop bas, on collecte des milliers de lignes que personne n'analyse.

La règle pratique : un seuil qui produit entre 50 et 300 événements par an pour l'entité. En dessous, l'échantillon est trop faible pour révéler des tendances ; au-dessus, l'analyse cause racine devient impraticable.

Le seuil se fixe en montant, mais il doit s'accompagner de trois exceptions collectées quel que soit le montant :

  • Tout événement impliquant une fraude, même de 50 € ;
  • Tout événement ayant entraîné une réclamation client ;
  • Tout événement ayant nécessité une notification réglementaire.

Les quasi-incidents

Un quasi-incident — un événement qui aurait pu causer une perte mais ne l'a pas fait — porte exactement la même information causale qu'une perte avérée, sans le coût.

Ils sont pourtant rarement collectés, pour une raison culturelle : les déclarer expose une faiblesse sans qu'aucun dommage ne l'ait rendue publique. Une organisation qui collecte peu de quasi-incidents n'a pas moins de failles : elle a moins de confiance.

Les six champs indispensables

ChampPourquoi
Date de survenance et date de détectionL'écart entre les deux mesure la capacité de détection
Montant brut et montant net de récupérationL'assurance et les récupérations modifient l'analyse
Catégorie BâleReporting réglementaire et comparaison externe
Cause racineLa seule information qui permette d'agir
Contrôle défaillantRelie la perte à la RCSA
Action corrective et son statutFerme la boucle

L'écart entre survenance et détection est le champ le plus négligé et l'un des plus instructifs. Une fraude détectée après onze mois et une fraude détectée en deux jours ne posent pas le même problème, même à montant identique.

La cause racine

Une cause racine exploitable répond à la question « que devons-nous changer ? ». Comparez :

  • « Erreur humaine » — aucune action possible, les humains continueront de faire des erreurs.
  • « Le contrôle de second niveau n'est exécuté que sur les opérations supérieures à 100 k€, et l'erreur portait sur une opération de 80 k€ » — le seuil est le problème, il se change.

La méthode des cinq pourquoi suffit dans la grande majorité des cas. Elle prend dix minutes et transforme une base de pertes en dispositif d'amélioration.

À retenir

  • Un seuil trop haut masque les signaux faibles, trop bas noie l'analyse
  • Les quasi-incidents valent autant que les pertes avérées
  • Sans cause racine, la collecte est un exercice comptable