Pourquoi votre BIA s'enlise, et comment le débloquer
Cent vingt questionnaires, six mois, et un tableau où toutes les activités sont critiques à quatre heures. La cause est une erreur de séquence.
Le schéma habituel
On envoie un questionnaire à tous les responsables de processus. On récolte cent vingt réponses. Chacune affirme que son processus est critique. L'exercice se termine six mois plus tard sur un tableau que personne ne saura exploiter, et la conclusion tacite est que « le métier exagère ».
Le métier n'exagère pas. On lui a posé la mauvaise question, dans le mauvais ordre, avec le mauvais instrument.
L'erreur de séquence
ISO/TS 22317 décrit trois niveaux d'analyse, et l'ordre n'est pas indicatif. Le BIA stratégique demande au comité exécutif quels produits et services doivent absolument continuer, et dans quel ordre — deux heures d'atelier, cinq à quinze lignes en sortie. Le BIA tactique identifie ensuite les activités qui soutiennent ces produits prioritaires ; toutes les autres sortent du périmètre, ce qui divise la charge de travail par trois. Le BIA opérationnel ne s'applique enfin qu'aux vingt-cinq à quarante activités retenues.
Commencer par le bas revient à demander à chacun de noter sa propre importance. Le résultat est connu d'avance.
L'erreur d'instrument
Le questionnaire est excellent pour collecter des faits vérifiables : volumes traités, applications utilisées, effectifs, saisonnalité, dépendances. Ce sont des informations que le répondant connaît et n'a aucune raison de déformer.
Il est inutilisable dès qu'il s'agit d'arbitrer. Comparer deux activités, fixer une durée, accepter qu'un service s'arrête : ce sont des décisions qui supposent un débat contradictoire, donc un atelier.
La question qui débloque
Demander « quel est votre MTPD ? » produit invariablement « quatre heures ». Reformulez :
« Il est neuf heures un mardi. Votre activité est totalement arrêtée. Qui appelle en premier, et à quelle heure ? »
La question déplace le sujet du ressenti vers l'observable, et les réponses deviennent utilisables. « Personne avant le lendemain matin » donne un MTPD d'au moins vingt-quatre heures. « Le régulateur, à onze heures, parce que la déclaration est due à midi » révèle un effet de seuil à trois heures. « Les clients, tout de suite, mais ils peuvent attendre une journée » décrit une gêne, pas un préjudice.
Trois leviers contre la criticité universelle
La contrainte de rang : au lieu de noter chaque activité indépendamment, demandez au comité de les classer par ordre de reprise. On ne peut pas avoir trois activités en première position.
Le budget de reprise : « vous disposez de douze personnes pendant les quarante-huit premières heures, affectez-les ». La rareté force l'arbitrage bien mieux qu'une échelle de notation.
La contrepartie explicite : « un RTO de quatre heures suppose un site actif-actif, soit environ quatre cent mille euros par an ; le confirmez-vous ? » La question n'est pas rhétorique. Parfois la réponse est oui, et c'est une information précieuse.
Le format qui tient
Questionnaire factuel léger, quinze questions, dix minutes. Atelier de deux heures par direction. Restitution croisée en comité exécutif avec les désaccords rendus visibles. Validation formelle et datée.
Six à huit semaines pour un premier BIA complet. Au-delà de trois mois, l'exercice perd son actualité avant d'être terminé.
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